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[Article du Passé] Strindberg Inconnu (Jollivet Castelot, Papus, Stanislas de Guaita, M. de GRANDPREY)

Bonsoir à tous et toutes,

Vous trouverez parfois dans nos articles des notes que l'on rajoute aux textes sous ce format :

NDE : Note D'Esoshare, toujours en Gras.

Ce soir, nous vous partageons un article de presse, paru dans le journal Comoedia le 02 Avril 1922, il concerne August Strindberg et son lien avec Jollivet Castelot.

"Strindberg Inconnu

Un Strindberg ignoré de la foule qui ne connaît, en lui, que le célèbre dramaturge de Créanciers de Mlle Julie de La Danse de la Mort, un Strindberg angoissé, trépidant pérégrin, assoiffé de mystère, acharné aux recherches les plus décourageantes; un Strindberg, en un mot, ou plutôt, en plusieurs, successivement occultiste, swedenborgien, alchimiste, voila le Strindberg que connaissent tous ceux dont les travaux et les recherches n'abordent que l'esprit intérieur. 

Le Monde Nouveau, va publier une étonnante correspondance de Strindberg avec mon éminent ami, l'alchimiste Jollivet-Castelot que celui-ci n'autorisa à présenter à Gustave-Louis Tautain (NDE : Essayiste, directeur de revue, critique et poète. - Directeur de la revue et des éditions du "Monde nouveau". - Résistant, meurt dans un accident d'avion en service commandé durant la Seconde guerre mondiale, Merci à au site DATA.BNF.FR pour les informations) si attaché à la cause de l'importante revue qu'il dirige. Le dramaturge se montre, en ces quelques pages, sous tous ses différents aspects, marquant, chacun, une étape nouvelle.

Strindberg arrivai à Paris en l'hiver de 1894.

Quelques lettres échangées avec M. Jollivet Castelot sur la Synthèse de l'Or, engageant celui-ci à venir saluer le grand suédois qu'il trouva dans une misérable chambre d'un pauvre hôtel, rue Orfila. M. Jollivet-Castelot raconte sa visite, son entretien ; il dit sa peine de voir cette installation de fortune montrant clairement la pauvreté, où apparaissent, seuls, les trésors de l'esprit, des pesées alchimiques dans des verres de montres, des manuscrits et, surtout, l'hôte de ce logis.

Ah ! quel hôte ! ?

J'ai sa photographie près de moi. Il était grand assez fort, vêtu simplement d'un costume de voyage de teinte sombre. Sa figure ronde, au front immense, bossuée sous une envolée de cheveux, blancs me paraît d'une ingénuité d'enfant, éclairée de deux yeux bleus, très pâle, mélancolique. La bouche dégagée de la moustache hérissée, bien formée, a des coins tombants, amers. Et cette figure là, c'est tout l'homme avec ses découragements fous, ses illuminations, ses angoisses, ses scrupules, ses enthousiasmes, ses révoltes, et sa prompte susceptibilité. 

Les deux savants causèrent longuement du problème qui agite les hommes de tous les temps, et passionnent ceux de notre époque je veux dire : La Synthèse de l'Or, Strindberg montrait cet esprit largement ouvert à tous les problème du Caché, qui tenait encore plus de la divination que de la science réelle. 

Il s'en retourna et la correspondance commença entre le président de la société alchimique de France et lui, sans centre, ni but bien défini, arrivant de tous les pays où successivement Strindberg allait tenter de guérir sa fièvre et, son inlassable curiosité. C'est de Lund (Suède) de Balaton, de l'Autriche, puis, tout à coup, de Paris, d'où il repartait aussi subitement qu'il y était venu. Il envoie alors, à son complaisant ami ses manuscrits, le priant de l'aider à les faire éditer, les lui retire, les offrant ailleurs, pour les enlever ensuite, s'irritant d'un retard, d'une négligence, d'une froideur, d'une apparence de mauvais vouloir, en veut, l'un après l'autre à Sévin à M. Crooke, à Papus, à ses éditeurs, revient de ses mouvements de mauvaise humeur pour retomber ensuite dans les mêmes défauts. Il faut avoir cette correspondance en lecture pouf se rendre compte des rapides sautes de ses idées qui ne marquent pas déséquilibre, mais s'expliquent toujours par le fait d'une erreur prise dans le sens d'une vérité, ou encore d'une apparence envisagée comme une réalité.

Après s'être usé le cœur et le cerveau en essayant vainement de soulever le voile de la méthode pythagorienne, il y renonça, disant son désespoir qui le suivra jusqu'à La fin de sa vie. La seule découverte d'un manuscrit ocultiste thébétain le rendit swedenborgien, pour ravoir traduit avec le concours d'un parent du célèbre mystique, qui était officier prisonnier à Stockolm. Ces études eurent longtemps, sa faveur croissante, qui n'atteignit cependant jamais, aux excès d'un Stanislas de Guaïta. Enfin, ses recherches sur la transmutation des métaux, furent de ses occupations les plus frénétiques.

Chacune de ses lettres contient une formule ou un aperçu sur une question de la chimie unitaire, l'iode, l'or, le souffre. Fit-il vraiment de l'or... quoiqu'il l'affirme, aucune preuve n'en peut être faite, ses réactions, qu'il a offertes dans un Livre d'Or, à M. Jollivet-Castelot étant trop faibles pour être analysées.

Ses pièces se jouaient à Paris. Créanciers, Mlle Julie, Père, mais il n'avait pas encore en Suède cette réputation qu'il acquit à la fin de sa vie. Entre temps ,il écrivait le Hortus Merlini, lettres sur la chimie parues, dans la revue l’Hyperchimie, Sylva, Sylvarum, étrange petit livre d'un visionnaire, l'Antibarbarus, sur la science des nombres et l'lnferno, où il s'essayait à la magie et qu'il avoue n'etre qu'un extrait de son journal "rien n'est inventé" dit-il.

Enfin, dans une de ses avant-dernières lettres à son correspondant et ami ,il déclare, qu'il est "revenu à l'art du théâtre sérieusement, c'est mon métier et je ne dois plus m'occuper de magie, défendue de ma religion."

Il abandonnait toutes études d'occultisme et devenait le vrai génie national de la Suède que nous admirons aujourd'hui et dont les accents souvent haineux, toujours caractéristiques, atteignent chacun de nous dans ses fibres les plus précises.

Il mourut enfin, et malgré tout en mystique, mais en mystique chrétien - de l'atroce maladie du cancer. O ironie ! Il ne se séparait pas de la Bible, son Livre de chevet, et laissa échapper cette parole pleine d'humilité "Rien n'est personnel !"

M. de GRANDPREY"

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