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Les fermes d’algoculture sont-elles prêtes à distribuer des crédits de carbone? 

Peut-être bientôt. Une équipe de recherche, qui a mesuré le taux de carbone sous des exploitations commerciales d’algoculture, a recensé des quantités de carbone comparables à celles captées par les herbiers marins et les mangroves.

Par Emma Bryce (Si apre in una nuova finestra)

Une équipe de recherche a fourni les premières estimations directes de la quantité de carbone stockée sous les fermes d’algoculture, un secteur en pleine expansion qui représente actuellement quelque 2 000 kilomètres carrés à l’échelle mondiale. Les nouveaux résultats compilés dans la revue Nature Climate Change montrent qu’à leur extrémité supérieure, certaines exploitations stockent jusqu’à 140 tonnes de carbone par hectare. Si les quantités mesurées sont en moyenne plus faibles, elles s’apparentent néanmoins aux niveaux de carbone recensés dans les mangroves et les herbiers marins, des écosystèmes pour lesquels on attribue déjà des crédits de carbone bleu.

Dans le cadre du projet Global Seaweed d’Oceans 2050 (Si apre in una nuova finestra), l’équipe composée de dizaines de spécialistes internationaux a recueilli, sur une période de 15 mois, des carottes de sédiments sous 20 fermes d’algoculture réparties dans 11 pays, dont la Chine, le Japon, Madagascar et les États-Unis. Les algues, qui servent à produire des aliments, des engrais, du carburant (Si apre in una nuova finestra) et des produits pharmaceutiques, sont cultivées à des fins commerciales dans de nombreuses régions du monde. Au fil de leur croissance, les frondes algales captent de grandes quantités de carbone et, lorsque les algues perdent de leur biomasse, une partie de ce carbone se retrouve dans les sédiments marins meubles situés en dessous. L’équipe de recherche a prélevé des échantillons dans des fermes qui avaient de 2 à 320 ans; certaines étaient campées dans des sols graveleux, d’autres dans des sédiments boueux meubles, qui sont plus aptes à piéger le carbone. Les exploitations cultivaient également un large éventail d’espèces, depuis les grandes laminaires ressemblant à des arbres jusqu’aux laitues de mer vert fluo.

Dans son étude, l’équipe de recherche fait remarquer qu’aucune des exploitations étudiées n’a été conçue pour piéger le carbone. Elle a donc cherché à calculer le carbone stocké par ces installations afin d’évaluer l’avantage climatique connexe que ce système alimentaire présente.

Son échantillonnage a révélé une énorme variation de la quantité de carbone piégée dans les sédiments, qui s’élevait en moyenne à 1,06 tonne d’équivalent en dioxyde de carbone (éq. CO2) par hectare, par an. Ce chiffre tient compte du « carbone excédentaire » uniquement, c’est-à-dire le carbone capté par les algues durant leur cycle de croissance. Il exclut le carbone déjà présent dans les sédiments marins situés en dessous. Ce point est essentiel si l’on veut déterminer les avantages environnementaux réels de l’industrie.

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Dans certaines fermes, ces estimations étaient plus élevées, soit 8,10 tonnes d’éq. CO2 par hectare, par an. En général, les réserves de carbone plus importantes se trouvaient sous des exploitations plus anciennes, c’est-à-dire dans des sols composés de sédiments plus fins et enfouis plus profondément ainsi que dans des baies plus calmes, où les conditions sont optimales pour emprisonner le carbone et le conserver pendant de longues périodes. Si l’on se fie aux carottes de sédiments prélevées, une de ces fermes au Japon avait stocké 140 tonnes d’éq. CO2 par hectare au fil des ans. Ce bilan illustre ce qu’on peut faire dans des conditions idéales avec le temps.

Si les chiffres moyens sont « relativement modestes », comme l’affirme l’équipe de recherche, ceux-ci montrent néanmoins que la quantité de carbone dans les fermes d’algoculture est comparable à celle se trouvant sous les herbiers marins et les mangroves. La moyenne de 1,06 tonne d’éq. CO2 piégée dans chaque hectare de sédiments agricoles représente environ de 33 % à 39 % de la quantité stockée dans ces autres écosystèmes. De plus, les résultats de l’étude donnent à penser que si on exploitait les futures fermes d’algoculture pour qu’elles offrent un rendement supérieur et si on les plaçait stratégiquement dans des endroits qui optimisent le piégeage du carbone, comme les baies aux eaux calmes ou sur des sédiments fins, elles pourraient piéger quatre fois la valeur moyenne obtenue.

Ce constat pourrait permettre aux fermes d’algoculture de remettre des crédits de carbone bleu, qui sont communément associés aux autres écosystèmes mentionnés plus haut. L’équipe de recherche nous invite toutefois à modérer notre enthousiasme. De nombreuses autres recherches sont nécessaires avant que le marché n’inclue les fermes d’algoculture, notamment pour déterminer la durée moyenne de stockage du carbone, la vulnérabilité aux perturbations de ce dernier et le risque qu’il soit libéré.

Pour le moment, elle suggère de ne pas considérer le piégeage du carbone comme la raison d’être des fermes d’algoculture, mais bien comme un avantage connexe des nombreux services que celles-ci fournissent déjà (source d’aliments et de revenus, nettoyage des eaux marines (Si apre in una nuova finestra) et amélioration de la biodiversité). Il y aura peut-être des crédits un jour, mais cette étude demeure « un premier pas prometteur dans l’exploration de cette possibilité », comme le précisent les membres de l’équipe.

Duarte et coll., « Carbon burial in sediments below seaweed farms matches that of Blue Carbon habitats (Si apre in una nuova finestra) », Nature Climate Change, 2025.

Article original en anglais : https://www.anthropocenemagazine.org/2025/01/are-seaweed-farms-ready-to-issue-carbon-credits/ (Si apre in una nuova finestra)

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Anthropocène est la version française d’Anthropocene Magazine (Si apre in una nuova finestra). La traduction française des articles est réalisée par le Service de traduction de l’Université Concordia (Si apre in una nuova finestra), la Durabilité à l’Ère Numérique (Si apre in una nuova finestra) et le pôle canadien de Future Earth (Si apre in una nuova finestra).

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