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[Article du Passé] Eugène de MASQUARD - LE MARQUIS DE SAINT-YVES D’ALVEYDRE (1888)

Bonsoir,

Ce jour, nous vous partageons un article rare car devenu très difficile à trouver ! Malheureusement l'exemplaire que nous avons, est déchiré par endroit, il y aura donc deux, trois mots manquants dans le texte... (désolé)

Il s'agit d'un extrait du journal L'Encyclopédie Contemporaine Illustrée, Revue hebdomadaire Universelle des Sciences, de l'Art et de l'Industrie. Elle était dirigée par Théodore Marie.

Concernant l'auteur (Eugène de MASQUARD), nous savons qu'il était viticulteur, publiciste et sociologue. Il publia sous son nom mais aussi sous les pseudonymes Dr Jacques Marron et Jérémie Bonhomme.On le retrouve dans différents journaux de l'époque :

Le Bulletin du Comice agricole d'Alais ; Le Signal ; La Semaine de Paris ; La Curiosité ; Le Petit Républicain du Midi ; Gard Socialiste ; La Revue Socialiste ; La Revue du Christianisme pratique ; La Justice Sociale ; La Terre de France ; L'Encyclopédie Contemporaine Illustrée, etc.

On peut lire sa biographie dans l'ouvrage Dictionnaire biographique des grands commerçants et industriels en cliquant sur le lien ci-dessous : 

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5688724z/f30.image

Pour l'article sur St Yves d'Alveydre, on y trouve un magnifique portrait :

Le marquis de Saint-Yves d’Alveydre est âgé de 49 ans. Sa physionomie respire l’intelligence, une volonté aussi douce qu’indomptable, une grande bonté. On sent en lui une individualité puissante qui ne sort d’aucun moule convenu, et ou reconnaît bientôt, dans ses conversations, un de ces civilisateurs dont rien ne peut entraver l'action, et qui, loin de subir l’estampille banale d’un siècle, frappent l’avenir à l’usage de leur pensée.

Il y a un tel au-delà dans son regard, dans ses écrits et plus encore dans sa parole, qu’un des meilleurs juges de la société européenne actuelle a du dire de lui, de quelle planète est il venu ? 

(ILLISIBLE) méritent le mot de Quintilien : Ils naissent tout (ILLISIBLE), nascuntur, non fiunt. L’Innéité est là évidente dans un incontestable témoignage de vocation.

Chef d’école formidable, rénovateur d’une synthèse qui ne pourrait être analysée que par toutes nos Facultés savantes doublées de celles des Universités d’Extrême-Orient, l'auteur des Missions n’est point pour cela un spéculatif ni encore moins un dilettante.

Loin de là, il aime la France et l’humanité avec une trop grande virilité intellectuelle et morale pour ne pas tendre de toutes ses forces à les féconder d’un ordre de choses meilleur. Comme il le dit, l’esprit est vie ou il n’est pas. Aussi, les Missions tendent-elles à une réforme universelle, et, dans ce corps de doctrine synthétique, il y a comme âme une puissance et une loi d'organisation d’une portée sociale incalculable.

Cet effort gigantesque pour arracher la France et, après elle, l’humanité, aux sanglantes ornières de l’empirisme politique, confirme trop puissamment les études, les intentions et les tentatives patriotiques de ma longue vie pour que je n’aie pas tenu à prendre la plume pour acclamer l'auteur des Missions en attendant que tout le monde lui rende la même justice de son vivant ou après lui.

M. de Saint-Yves est un infatigable bénédictin. Il vit retiré dans son hôtel, près de l'Arc de Triomphe, dans une existence de sanctuaire presque claustral, faisant plus de bien que de bruit.

Quoique ayant passé silencieuses par dessus la tête et par dessus les clochers des éphémérides actuelles, ses œuvres ont porté coup comme d’énormes obus envoyés au point juste dans les bastilles de la routine et du préjugé, pour en délivrer et en rendre à la lumière les divers prisonniers. Ses Missions sont lues et commentées dans les centres religieux et savants du monde, un peu partout, à Rome comme à Constantinople, à Jérusalem comme à la Mecque, en Chine comme dans les Indes. Il va sans dire que dans le Paris de nos jours, un Bacon, un Thomas d’Aquin, un Maïmonide ou un Aristote, essayant de mettre ses services à la hauteur des besoins du siècle actuel, excite moins d’attention qu’une chanson de café concert, qu’un scandale mondain ou qu’une Incongruité pornographique quelconque. Déplus, M. de Saint-Yves nous dit dans la France vraie qu’il ne veut être d’aucune secte, d‘aucun parti, d’aucune coterie, et c’est assez pour que leurs trompettes s’abstiennent de lui sonner des fanfares.

Mais comme ce n’est pas pour lui qu’il travaille, il n’est nullement pressé de devancer le temps où ses travaux seront peut-être le suprême recours de nos crises nationales et européennes. On se dira peut-être alors : quelle honte que des choses si utiles n’aient point été vulgarisées plus tôt. La honte ne sera pourtant pas pour le penseur infatigable qui aura plus fait qu’on ne saurait le dire pour notre civilisation. Du reste, M. de Saint-Yves aurait été incapable d’écrire ses Missions s’il pouvait espérer une autre récompense que la conscience du devoir rempli. Il est de ceux dont on a dit :

Ils ne recevaient pas la gloire, ils la donnaient. 

Il se contente comme d’Aubigné,

De plaire aux bons, et plaire à peu. 

Pas si peu que cela, pourtant, quoiqu’on puisse penser de notre pauvre vieille France. En dépit de conspiration du silence, de l'éteignoir et du boisseau que les écueils de notre anarchie voudraient infliger au phare synarchique, l’action lumineuse des Missions est déjà, en France même, aussi réelle que féconde. Du savant au prêtre des différents cultes, du théosophe au franc-maçon, du chef de corps d’armée au juriste, de l’homme politique au socialiste, de l’agriculteur à l’ouvrier des villes, on se passe et on commente la Mission des Français, ou la Synarchie française, la Mission des souverains ou la Synarchie européenne, la Mission des juifs ou la Synarchie de l'humanité, des la Mission des ouvriers ou la Synarchie économique. Et partout, ces œuvres consolent, apaisent, éclairent et fortifient les intelligences et les cœurs, et les rapprochent dans une commune pensée de salut public, dans le sentiment chaleureux d’une même possibilité de relèvement par l’union de tous.

Nous reviendrons plus loin sur ces Missions aussi bienfaisantes que considérables. Auparavant, nos vieilles habitudes d’agriculteur nous portent à chercher la raison du fruit dans l'arbre même et celle des Missions dans l’individualité si singulière et si tranchée du missionnaire.

M. de Saint-Yves nous apparaît, comme une sorte de Faust français, Faust de lumière, qui aurait fait de Mephistophélès son domestique et non son maître. C’est une vie extraordinaire que celle de cet insatiable de vérité, d’équité, d’harmonie, maître des sciences et des arts connus ou inconnus dans notre occident. Les plus savants brahmes ainsi que les Cabalistes de Jérusalem, de la Mecque et de Médine, le regardent comme un des leurs, et il les rallierait au besoin au Christianisme social de ses Missions.

Comment cette individualité de bénédictin templier, de fondateur d’un ordre universel aussi nouveau qu’antique, l’ordre svnarchique, a-t-elle pu naître en plein Paris et y briser tout ce qui devait la briser dans son développement ?

M. de Saint-Yves nous le raconte lui-même : voir la Mission des Français, Avant-propos. Il nous montre ce qu’il appelle l’intervention de la Providence dans les moments suprêmes de son enfance, de son adolescence et de son âge mûr où sa destinée (ILLISIBLE) le plus certainement menacée d’écrasement. Et on voit en effet cette vie comme conduite à travers mille traverses a son but lumineux, à sa mission de civilisation et de sociologie transcendante.

Y a-t-il une prédestination dans les noms comme le disait Platon dans le Cratyle ? C’est à le croire en lisant le nom de Saint-Yves qui vient rouvrir tout grands les yeux de l'humanité sur son but de paix et de bonheur. Je trouve en effet ce nom illustré au XVIIe et au xXVIIIe siècle par un moine, thérapeute du corps autant que de l’Âme, Charles de Saint-Yves, l'un des premiers rénovateurs de l’opération de la cataracte. — (Voir le Traité des maladies des yeux, par Charles de Saint-Yves, chirurgien-oculiste de Saint-Côme. Paris, 1722)

Or, s’il est quelqu'un qui soit en train d'opérer notre XIXe siècle des cataractes qui l’empêchent d'éviter les abîmes de la guerre, de la révolution et de la ruine, c’est bien le marquis de Saint-Yves. Du reste, si l'on admet l’hérédité morale, le père de l'auteur des Missions soignait les individus comme le fils des sociétés humaines. Il vit encore, c’est un vieillard de 85 ans, médecin de grande valeur, ancien interne et lauréat des hôpitaux de Paris, ayant fourni une longue et brillante carrière avec les plus beaux états de service : France vraie, Avant-propos.

Entre ce père taillé dans le moule éducateur romain et ce fils qui devait fonder on rénover en Occident l’ordre synarchique, qui est exactement le contraire de l’autoritarisme, on peut se figurer qu’il y eut une grande lutte de volontés pendant l’enfance et l’adolescence du futur missionnaire.

Aujourd'hui le traité de paix est signé entre eux dans la plus profonde affection sur le témoignage même de la vocation, et une même fierté doublée d’une même tendresse rapproche ces deux hommes. Ils rient de leur luttes et de leurs larmes passées : « Tes Missions valent au moins mes ordonnances, dit en plaisantant le médecin au thérapeute social, et elles peuvent faire du bien à plus de monde à la fois. » De même, par une semblable analogie de facultés, Herschell, élevé pour succéder à son père comme organiste dans une cathédrale d’Allemagne, devint l’astronome qu’on sait. Il n’avait, fait que changer de clavier, mais non d’harmonie.

Saint-Yves enfant eut une vie terrible pour sa nature et qui eut dû le broyer, si, comme il le dit, la Providence n’était intervenue. Doux, méditatif jusqu’à la concentration absolue, mais rebelle et indomptable à toute contrainte, il nous montre ses défauts dans l'avant-propos de la France vraie, mais il nous cache qu’il enlevait en se jouant presque tous les prix du collège, sans cesser pour cela d’être exaspéré par ce régime de caserne et discipline sans âme. Poète comme Byron, musicien comme Haendel, d’une sensibilité de femme sous la froideur apparente de sa volonté, il souffrait de tout, mais, loin de se plaindre de rien, il brisait doucement toute chaîne et rompait tout joug.

Il faut lire en entier sa rencontre avec le premier maître devant lequel il se soit déclaré vaincu, parce que ce maître avait conquis son admiration à jamais, et avec elle tout son cœur. Saint-Yves avait alors 13 ans, et ce maître était de Metz, membre de l’Institut, section des sciences sociales.

Ce que dit M. de Saint-Yves au sujet de M. de Metz, dans l’avant-propos de la France vraie n’honore pas moins le disciple que le maître « qui l'éleva en un mois jusqu’à son cœur et jusqu’à son génie social. »

M. de Saint-Yves reçut ainsi dans sa vie le premier entrainement psychologique qui devait le conduire à ses Missions. Mais, comme il le dit, cette trouée chrétienne à travers le régime païen des collèges ne dura qu’un mois ; et les rébellions recommencèrent bientôt avec ce régime.

Nous retrouvons M. de Saint-Yves en Angleterre avant sa majorité, libre enfin, refaisant à son gré ses études et ayant pour guide dans ses travaux préparatoires d’encyclopédie et de synthèse les œuvres d’un théosophe oublié dont il fait le plus grand cas, métaphysicien puissant, mais non chrétien, cette fois : Fabre d’Olivet. Là encore, dans l'avant-propos de la France vraie, il faut lire avec quelle sincérité absolue M. de Saint-Yves livra sa pensée à la bataille des deux esprits : l'esprit météphysico-théosophique non chrétien, tendant à (ILLISIBLE) et au rétablissement (ILLISIBLE) ce que les Missions nomment l'Hébréo-Socialisme, tendant à la rénovation de la loi sociale dans la liberté et dans le plein courant des principes de 1789. J’avoue que moi-même, fils du XVIIIe siècle, je doutais que la loi sociale synarchique, pressentie par mes recherches antérieures, appartint en propre au judéo-christianisme. Ce doute n’est plus possible à un esprit droit après la lecture des Missions ; et ce fait n’est pas une des moindres originalités ni des moindres conséquences de l’œuvre de M. de Saint-Yves. Réconcilier la synagogue et l’église, et toutes deux à la fois avec l’Université, avec la franc-maçonnerie et avec les principes de 1789, leur révéler une loi sociale commune, non seulement dans l’ésotérisme des deux Testaments, mais dans la preuve scientifique par l’universalité de l’expérience historique, c’est un tour de force d’une singulière portée pour le rôle à venir de la France, à la tête des peuples européens, et pour leur mission civilisatrice dans le monde. Mais n’anticipons point. En 1870-1871, nous voyons M. de Saint-Yves quitter ses éludes, son indépendance si péniblement conquise, et le voilà aux avant-postes de Paris. Il y est blessé et cité à l'ordre du jour. Le patriote des Missions est contenu dans ce simple épisode de sa vie. Mais, à la fin de la guerre, il fallait vivre, et M. de Saint- Yves avait jeté son pain à la mer pour venir servir la patrie.

Le voilà, à partir de ce moment, rédacteur dans le bureau de la presse étrangère, puis départementale, puis parisienne, au ministère de l’Intérieur. C’est là que sa pensée fit sa troisième étape synarchique, en contrôlant l’anarchie générale, la guerre civile de polémique entre ce qu'il nomme les provinces féodales des sectes, des partis et des classes économiques de notre pays. Etude féconde, dont l'auteur des Missions a rapporté le plan d’un journal de synthèse nationale, qu’il fondra un jour, si Plutus se met à son service, car il n’est pas homme à se mettre au service de Plutus.

De nombreuses années s’écoulent encore, marquées par des deuils d’amitié ou de famille, par des épreuves inséparables de toute vie. M. de Saint-Yves continue ses recherches ; aucune ambition ne le tente ; mais les arts l’attirent. Sous quelle forme donnera-t-il sa pensée dominante ? Il n’hésite pas à chasser de sa voie la poésie et la musique. Ce sacrifice rappelle les beaux vers de Lamartine :

Honte à qui peut chanter pendant que Rome brûle, 

S'il n'a l’âme, la lyre et les doigts de Néron ! 

M. de Saint-Yves ne fait imprimer une partie de ses manuscrits que pour les livrer ensuite au pilon et mettre le reste au feu. L’histoire, tel est le seul champ de démonstration que M. de Saint-Yves se réserve pour y vérifier la synthèse judéo-chrétienne et la loi sociale qui en est l'âme. Mais il faut le feu du ciel pour animer cette grande muette qui s’appelle l’histoire et lui arracher le cri de sa Loi étouffé par la politique pure.

Ce feu du ciel, c’est l’amour de l’humanité : et pour l’aimer il faut la voir ce qu’elle est, vraie, juste, bonne, ne fût-ce que dans une seule âme.

Enfant, M. de Saint-Yves avait rencontré une âme qui lui avait fait aimer l'humanité : M. de Metz. Homme fait, à un des moments les plus sombres de sa vie, à l’heure où il songeait peut- être au suicide comme Manfred, ou à la Trappe comme de Rancé, la Providence se montra encore une fois à lui dans une âme semblable à celle de M. de Metz.

Nous renvoyons encore le lecteur à l'avant-propos de la France vraie. Il y verra avec quelle religion l'auteur des Missions parle de l’éminente individualité qui est sa femme depuis près de douze ans. Un de nos amis de Paris nous écrit à ce sujet :

« Aussi supérieure par l’intelligence que par le cœur, la marquise de Saint-Yves est la charité même, et elle est en même temps la douleur. Elle souffre, depuis nombre d’années, d’une névrose cruelle que les médecins les plus célèbres du monde n’ont pu réussir à soulager.

Voué tout entier à elle, le marquis partage ses soins entre sa chère malade, dont il prolonge la vie et ses travaux qu'il écrit (ILLISIBLE). (ILLISIBLE) les plus saintement unis et (ILLISIBLE) qu'on puisse voir dans notre bruyant Paris, une sorte de Thébaïde qui explique la sérénité de (ILLISIBLE) et les énormes travaux de l'auteur des Missions. D'une grande naissance, la marquise est alliée aux plus illustres familles du continent, et entre autres à celles de nos rois par la meilleure de nos souveraines, Marie Leczynska. Les quatre enfants issus de son premier mariage sont des individualités remarquables. L’aîné, le comte Théodore de Relier, aide de camp de S. M. l'empereur de Russie, chef d’un régiment de la garde, est commandeur de notre Légion d’honneur et très apprécié par les chefs de notre armée comme par ceux de l’armée russe. Le plus jeune, le comte Alexandre, est au ministère des affaires étrangères de Russie. Des deux filles de la marquise, l’une, veuve du général comte Kleimichel, est une des femmes les plus remarquables du grand monde de Pétersbourg ; l’autre, également distinguée, est demoiselle d’honneur à la cour de Russie. »

M. de Saint-Yves a donc fait dans sa propre vie l’alliance franco-russe qu’il préconise dans ses Missions. De même il a réalisé à son foyer la synarchie qu’il prêche à sa patrie et à l’humanité.

M. de Saint-Yves entend par synarchie un type de gouvernement scientifiquement exact, c’est-à- dire où, non seulement les gouvernants, mais les gouvernés aient la loi d’organisation qui leur est respectivement propre. L’auteur des Missions entend ce mot loi comme les savants, lorsqu’ils disent : loi de la pesanteur, loi du levier, loi de pi, etc. il ajoute très justement que toute loi s’exprime par une formule trinitaire, par cela seul qu'elle constitue un rapport entre deux termes: P = V x D ; pi = 3, etc, Tout fait à sa loi. Le fait gouvernemental ou proprement politique a la sienne. Le fait social ou des gouvernés doit avoir également la sienne, puisqu’il diffère forcément du fait gouvernemental. Or, jusqu’ici personne, parmi nous, n’a défini autre chose que la loi du fait gouvernemental. La tradition nous en vient du monde païen, en Asie, de ce que Moïse appelle l’ordre de Nemrod, en Europe, de la formule donnée par Aristote : exécutif, judiciaire, délibératif ou législatif. Cette formule est le seul guide de toutes les théories politiques de l’Occident, sous quelque forme, monarchique, constitutionnelle ou républicaine que ce soit, depuis Montesquieu jusqu’à nos jours.

Ainsi l’on ne connaît pas ou l’on a perdu la loi du fait social, celui des gouvernés, et par conséquent de l’électorat. A proprement parler, c'est la loi de l’organisation des peuples qui est perdue. Tous nos maux, soit nationaux, soit internationaux, soit continentaux, soit intercontinentaux, viennent de cette immense lacune ou de ce colossal oubli.

M. de Saint-Yves formule cette loi sociale en trois pouvoirs qui sont : l’Enseignant,le Juridique, l’Economique, il ne donne pas cette formule comme sienne, car une loi comme la science I'entend ne s'invente pas, elle se découvre dans les faits, s’y constate et s’y applique. Il nous la montre en vigueur dans la triple représentation professionnelle des Etats généraux de France, non législative, purement électorale, mais préparant les lois par les cahiers et ayant le pouvoir économique direct par le libre consentement de l’aide ou de l’impôt, moyennant réforme.

Vus sous cet angle d’observation, les Etats généraux préparés par les Templiers et démocratiquement restaurés selon les principes de 1789, constitueraient l’organisation électorale typique du suffrage universel, la base positive, inébranlable de tout gouvernement national.

Tel est le thème démontré d’une manière irréfutable dans la France vraie, en prenant pour champ d’expérience notre histoire depuis le XIVe siècle jusqu’à nos jours.

Ce qui est scientifiquement vrai pour la vie organique d’un peuple a force légale de vérité pour sa vie de relation. Pour le démontrer, M. de Saint-Yves a pris un nouveau champ d’expérience historique, l’histoire de la vie de relation de l’Europe avec elle-même depuis Constantin jusqu’à nos jours: Mission des souverains.

Partout il prouve que la méconnaissance ou la violation de la loi sociale a été la seule cause qui ait empêché l’Europe d’arriver à un gouvernement général vrai, juste et bon, soit sous le régime bimonarchique de la papauté et de l’empire, soit sous le régime anarchiquement républicain datant de l'avènement direct de la diplomatie et du militarisme à la gérance de l’Europe depuis le traité de 1648 jusqu’à celui de Francfort.

De cette étude aussi irréfutable que la précédente, il résulte que la dissociation diplomatico-militaire des Etats européens entre eux n’a de remède que dans l’observance de la loi sociale, qui, comme scientifique, s’impose aux savants et aux lettrés, aussi bien qu’aux hommes religieux de tous les cultes qui iront de portée sociale que par elle. Ainsi, un triple Conseil d’Etat européen recevrait en appel les vœux des Etats généraux d’Europe et leurs triples cahiers, conformément à la loi des gouvernés sous ses trois chefs de Pouvoirs : Enseignant, Juridique, Economique.

Ce qui est vrai pour la vie de relation d'un seul continent avec lui-même l’est également pour le même ordre de vie de continent à continent, de civilisation à civilisation. Pour le prouver, M. de Saint-Yves a écrit la Mission des juifs, en prenant les plus vastes cadres d’expérience historique que tous les historiens du monde nous aient transmis. De cette observation expérimentale, il résulte que, dans l’humanité tout entière, depuis quatre-vingt- six siècles, la loi sociale donne par sa présence la raison de la grandeur et par son absence la raison de la décadence de toutes les civilisations tant générales que particulières. Il nous montre, dans la profondeur des âges, cette loi comme et appliquée dans les anciennes universités patriarcales. Il nous la montre arrachée des sanctuaires d’Egypte par Moïse et appliquée par lui et par Jéthro dans les Etats généraux d’Israël au Sinaï. Il nous la montre encore gardée par les prophètes et par les sanctuaires du monde entier contre les atteintes des empires violents, c’est-à-dire exclusivement gouvernementaux, exclusivement politiques et non socialement pondérés. Il nous la montre enfin en revendication universelle dans la personne même de Jésus-Christ arrachant l'ésotérisme social de Moïse au sépulcre blanchi de la lettre, pour le rendre à l’Humanité entière.

Jusque dans l’oraison dominicale, M. de Saint-Yves nous montre cette loi sociale qui est le grand secret organique de la double promesse et du double testament moïsiaque et évangélique.

Somme toute, dans cette triple cathédrale synarchique, dont la Mission des juifs constitue le grand cercle, celle des souverains le petit cercle et celle des Français le centre, la même loi sort partout triomphante de toutes les vérifications possibles. Elle rend à la science historique et à la sociologie, ainsi qu’à la science politique qui en doit résulter, un service identique à celui que Lavoisier a rendu à la chimie en se saisissant de la balance. La balance du grand jugement de l'anarchie par la synarchle a donc désormais deux plateaux : loi des gouvernants à gauche, loi des gouvernés à droite, autrement dit loi politique d’un côté, loi sociale de l'autre. De telle sorte qu’il n’y a plus de gouvernement ni de peuple, ni d’ensemble de gouvernements et de nations, dont on ne puisse mesurer scientifiquement les maux et qu’on ne puisse ra-mener avec une certitude absolue à l'équilibre qui constitue la loi de santé de leur vie organique ou. de leur vie de relation.

Enfin, il est évident que cette loi sociale, basée sur la représentation professionnelle des trois grands ordres d’intérêts qui sont la propriété des peuples et la sécurité de leurs gouvernements, ne peut apporter aux uns comme autres qu’une force et qu’une sécurité indéniables, qu’une préparation des lois aussi pratique que possible, et qu’une puissance d’opinion qui constitue un invincible point d’appui. Nous ne sommes plus là en face des régimes hybrides issus du parlementarisme anglais, ni même américain, mais dans un autre ordre de choses autrement en rapport avec le dégagement des besoins populaires actuels comme des états politiques.

M. de Saint-Yves qualifie de césarien le régime gouvernemental exclusivement basé sur la loi politique aristotélienne, que ce régime prenne la forme républicaine ou qu’il adopte la forme monarchique, qu’il soit constitutionnel ou non. Mais c'est pour étayer les gouvernements existants et nullement pour les détruire qu'il indique la loi sociale des peuples comme l'unique moyen vrai de sortir du régime empirique qui nous vient des païens.

C’est pourquoi mesurant avec autant d’exactitude que de prévoyance les périls intérieurs de notre nationalité aussi bien que ses dangers, l’auteur des Missions a couru au plus pressé, la restauration du pouvoir économique des gouvernés.

Ce pouvoir professionnel constituerait le grand collège économique de France avec ses cinq Facultés : agriculture, industrie, finance, commerce, main-d’œuvre. Après avoir saisi de cette question un grand nombre de syndicats ouvriers, après avoir fondé, pour rédiger ce premier cahier de vœux, le syndicat de la presse économique et professionnelle de France, M. de Saint-Yves et ses collègues sont allés soumettre leur pensée aux ministres, au président de la République, et enfin au pouvoir législatif lui-même.

Partout, cette représentation purement électorale des intérêts économiques n’a rencontré qu’un accueil des plus favorables parmi les gouvernants, ce qui fait le plus grand honneur à leur intelligence des besoins actuels de la France. Qui s’appuie sur les intérêts s’appuie sur un roc solide ; mais il ne faut pas laisser trop longtemps les pauvres intérêts français continuer à se désagréger faute de représentation électorale professionnelle et de cahiers. Il reste maintenant à voir comment les gouvernés vont répondre aux efforts et à l'appel si patriotique de l’auteur des Missions.

Pour moi, membre de là société des agriculteurs de France, travaillant, sous d’autres formes, vers le même but depuis de longues années, d’accord avec un grand nombre de mes collègues, c’est de toutes mes forces que j’applaudis à l’initiative si désintéressée, si clairvoyante, si savante de M. le marquis de Saint-Yves et des amis qui partageront un jour la gloire de ses travaux et de son mouvement svnarchique.

La longue carrière que j’ai fournie n’est guère de nature à me rendre suspect d’un enthousiasme immotivé. Eh bien, rien ne pouvait récompenser plus glorieusement les modestes efforts que j’ai faits moi-même dans le même but que d’avoir été un peu le précurseur et d’être aujourd’hui le plus convaincu, le plus fervent des disciples d’un tel maître. 

EUGENE DE MASQUARD

Membre de la Société des Agriculteurs de France

St-Césaire-les-NÎmes, 6 Mars 1888"

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