Liv Little, de Gal-Dem : « Nous ne devrions pas avoir peur de demander aux gens d’investir dans de la création »

Le magazine indépendant Gal-Dem met en lumière la voix des femmes et des personnes de couleur non binaires, tant en ligne que dans son numéro annuel imprimé. En cinq ans à peine, gal-dem est devenu une entreprise d'édition à part entière, passée par l’étape du financement et travaillant avec des collaborateurs de haut niveau, dont le Guardian et le V&A Museum. Son message inclusif dépasse maintenant largement les pages de son magazine.

Aujourd'hui, Gal-Dem est financé par ses lecteurs et a implémenté un système d’adhésion via Steady : la prochaine étape dans son engagement envers la communauté. Vanessa Ellingham a parlé à la fondatrice Liv Little des ambitions de Gal-Dem et de la raison pour laquelle celle-ci n'hésite pas à parler du magazine comme d'une entreprise.

Steady : Pour des publications comme Gal-Dem qui travaillent activement à combler un déficit de représentation, que signifie pour vous le fait d'être financé par les lecteurs ?

Liv Little : C’est très cohérent ! Notre objectif est d'évoluer vers une situation où la contribution des lecteurs couvre une plus grande part de nos frais généraux. En tant qu'entreprise créée pour le bénéfice de notre communauté, nous essayons de faire entendre cette voix, la soutenons, travaillons avec elle. Que demander de mieux que d’être financé par elle ? C'est exactement ce que nous souhaitons.

Nous aimons à penser que nous avons abattu un sacré travail, assez pour que les gens sentent qu'il y a une bonne raison de nous soutenir, en plus des avantages que nous offrons. Je pense que nous avons une relation forte avec notre communauté. Nous ne surveillons pas la communauté, nous en faisons partie. Je pense que c'est une des raisons qui fait que les gens nous soutiennent.

Pourquoi est-il important que Gal-Dem soit une entreprise, plutôt qu'un organisme à but non lucratif, un projet parallèle ou autre chose ?

Au début, je jonglais entre mon activité professionnelle et Gal-Dem. À un moment donné, j'avais l’équivalent de deux emplois à temps plein. C'était devenu insoutenable, ne serait-ce que du point de vue du bien-être mental.

Si vous voulez vraiment vous démarquer sur le long terme et produire quelque chose de fort, il est indispensable d’avoir l’infrastructure qui va avec.

Je trouve beau la façon dont Gal-Dem a commencé, sans trop de moyens. Mais arrive un moment où vous ne pouvez plus faire grand-chose sans ressources. C'est la réalité du monde. Vous avez besoin d'argent pour payer les gens et pour avoir le temps nécessaire pour vous développer et vous épanouir.

Quelle est la taille de votre équipe et comment a-t-elle changé au fil du temps ?

Nous sommes neuf et nous serons bientôt onze. Nous avons une équipe de rédaction et une équipe commerciale responsable de la viabilité financière de l'organisation. Au début, la mise en place était très différente : il y avait beaucoup plus de personnes qui contribuaient et donnaient de leur temps et ce n'était pas aussi formalisé qu'aujourd'hui.

Et est-ce quelque chose que vous avez dû apprendre à gérer au fil du temps ? Ou avez-vous déjà une expérience que vous avez apportée au projet ?

Non, nous avons énormément appris au fur et à mesure. J'ai la chance d'avoir une mère qui a passé beaucoup de temps récemment à aider des jeunes de milieux marginalisés à créer une entreprise, donc j'ai été soutenue. Elle est extraordinaire lorsqu'il s'agit de rédiger des pitchs, par exemple. Mais je pense aussi qu'on peut apprendre beaucoup de choses en faisant : il faut forger pour devenir forgeron et il faut avoir des mentors.

Je suis le genre de personne qui s'inscrit à tout ce à quoi il est possible de s’inscrire et qui parle autant que possible des personnes qui ont vécu une expérience similaire (ou lancé une plateforme). Beaucoup de gens à qui je fais appel gèrent également des plateformes de publication. Ce ne sont pas seulement mes mentors qui sont dans le secteur depuis beaucoup plus longtemps que moi, mais aussi mes pairs.

Je sais que le Gay Times est sur la bonne voie, leur PDG Tag (Warner) est un très bon ami. Je pense qu'il est vraiment important d'avoir ce réseau et ce soutien parce que c’est difficile de gérer une entreprise. On a parfois l’impression que c’est tabou, mais c'est difficile : il y a de la pression, beaucoup de responsabilité financière et de responsabilité envers les autres.

Rien ne se fait seul. Vous êtes le produit de votre environnement, de vos soutiens, de votre équipe, de votre famille et de vos amis - des réseaux que vous avez autour de vous. Je n'avais jamais participé à une collecte de fonds ou à une offre d’investissement avant Gal-dem. Ce sont des choses à faire d’une ampleur un peu effrayante et les chances sont contre vous, surtout si vous êtes une femme noire queer qui dirige une entreprise. C'est possible, c'est juste difficile.

Que disent vos lecteurs du système d’adhésion et des avantages que vous offrez ?

Les gens adorent la newsletter, qui contient les réflexions des membres de l'équipe. Et il y a toujours quelques personnes qui tweetent ou qui nous écrivent à cette occasion - j'ai quelques amis qui m'envoient un message à chaque fois disant « oh mon Dieu, celle-là a vraiment fait mouche ».

https://youtu.be/EdwBeRBry3o

Nous avons également un bulletin d'information bihebdomadaire sur le bien-être, dans lequel des spécialistes prennent le relais et apportent des ressources spécialisées à nos membres. Ce format a suscité beaucoup d’enthousiasme, surtout en cette période où la santé mentale est mise à rude épreuve et où beaucoup de choses arrivent en même temps.

Nous avons également organisé des événements incroyables pour nos membres, comme un atelier d'écriture avec l'auteur primé Bernardine Evaristo. Nous avons aussi nos groupes de diffusion WhatsApp où nous partageons des opportunités et pour lesquels les gens ont été très réceptifs.

Ca on aime ! Enfin, auriez-vous des conseils à donner aux créateurs qui voudraient se lancer et proposer un système d’adhésion à leur publication ?

Si vous avez une proposition solide, n’hésitez plus et foncez ! Si vous êtes un magazine avec un objectif, un point de vue fort, qui ne souffre pas de compromis. Si vous avez une communauté, un public ou un réseau de personnes qui viennent à vos événements, qui s'intéressent à votre contenu et qui interagissent avec vous en ligne, alors vous avez quelque chose à offrir.

Si vous savez que votre public pourrait avoir besoin d'un coup de pouce financier pour pouvoir s'abonner, je pense qu'il y a des moyens intelligents de le faire. Vous pourriez par exemple subventionner un certain nombre d'abonnements.

Mais nous ne devrions pas avoir peur de demander aux gens d'investir dans le travail créatif que nous produisons, parce que le travail créatif que nous produisons coûte de l'argent.

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